Humeur à la sortie du confinement

Dernier billet d’humeur, quelques jours après la sortie du confinement. C’est à la fois la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère avec des habitudes qui reprennent mais aussi de nouvelles pratiques qui perdurent comme le télétravail.

Ni tout à fait pareil, ni tout à fait nouveau.

Quoiqu’il en soit, cette période de 8 semaines nous aura fait connaître des situations inédites, que l’on n’imaginait même pas. Et donc nous aura permis de grandir et d’apprendre.

Vous retrouverez dans le menu, la feuille de route de l’après confinement, qui synthétise tous les enseignements de cette période et donne quelques bonnes idées pour accompagner le redémarrage.

Merci de m’avoir suivie durant ces semaines, j’espère avoir été utile à ma manière en partageant ces informations. Vous pourrez continuer à vous informer sur linkedin.

https://www.linkedin.com/in/karine-gaudin-97376312/

Karine Gaudin

Humeur Semaine 8

Cette fois-ci, nous y sommes presque. Moins d’une semaine avant la reprise d’activité. Mais quelle reprise ? On croyait pouvoir savourer cette perspective, au début du confinement. On se rend compte que sortir de la bulle va nous confronter à de nouveaux enjeux :

  • des salariés dont on ne sait pas s’ils seront présents ou non en fonction de la garde des enfants notamment,
  • des mesures de distanciation à mettre en place qui rendent les flux en entreprise beaucoup plus compliqués et réduisent fortement la productivité,
  • un retour au travail pour certains, la poursuite du télétravail pour d’autres, ou la suite du chômage partiel pour une troisième catégorie, car de toute façon, certains secteurs ne vont pas repartir de sitôt ou sont sur un cycle long avec une forme d’inertie au redémarrage.

En fait, nous sommes plus que jamais en environnement incertain avec de nombreuses variables que l’on ne maîtrise pas. Plus que jamais à devoir faire preuve de courage, de résilience, d’énergie alors que la vision à moyen terme n’est pas claire.

Une chose est sure, la situation est loin d’être stabilisée. Mais revenir dans l’action collective va faire du bien. Et puis aussi le fait de pouvoir retrouver les membres de sa famille que l’on n’a pas vu depuis de longues semaines…

Armons-nous de courage et d’un esprit positif ! De toute façon, c’est mieux que de subir…

Karine Gaudin

Un témoignage passionnant d’Etienne Klein

Etienne Klein

Etienne Klein est physicien, directeur de recherches au CEA et docteur en philosophie des sciences. Il est professeur à l’Ecole Centrale de Paris et dirige le Laboratoire de Recherche sur les Sciences de la Matière du CEA (LARSIM).

Il a donné pour BOMA, un témoignage passionnant de son analyse de la crise actuelle en abordant différents thèmes.

Ci-dessous quelques réflexions.

  • Le fait d’avoir du temps fait perdre la notion de temps. A contrario, le rythme qui nous est habituellement imposé nous rend synchrone avec le temps qui passe.
  • L’épidémie va nous obliger à porter des masques. Mais elle est aussi révélatrice du monde et des hommes tels qu’ils sont et en ce sens, elle fait tomber les masques.
  • Le confinement crée des habitudes, desquelles il sera difficile de sortir au final.
  • Les murs empêchent de penser le futur (c’est notamment ainsi que s’expriment les prisonniers). L’enfermement spatial a donc un effet sur la perspective de notre réflexion et paradoxalement, il force à s’interroger sur le monde de demain.
  • En général, une amnésie collective suit les périodes d’épidémies, avec la volonté de revenir au monde d’avant….Mais nous n’étions pas tous très à l’aise avec ce monde d’avant.
  • La certitude qu’il y aura un monde d’après s’est implantée avec la catastrophe.
  • Le confinement abîme la vitalité : une forme d’usure du corps et de l’esprit.

Etienne Klein décrit aussi très bien le conflit de temporalité qu’il y a entre les scientifiques qui reconnaissent ne pas savoir et ont besoin de temps pour mettre en place des méthodes afin d’obtenir des résultats et les politiques qui doivent décider dans l’instant…et donc en méconnaissance de cause.

Et souligne un phénomène décrit par Dunning Kruger : quand on est incompétent, on ne peut pas le savoir. Ou autrement formulé, le fait d’être incompétent…permet de tenir un discours de sachant.

  • La personne incompétente tend à surestimer son niveau de compétence.
  • La personne incompétente ne parvient pas à reconnaître la compétence de ceux qui la possèdent véritablement.
  • La personne incompétente ne parvient pas à se rendre compte de son degré d’incompétence.
  • Si une formation de ces personnes mène à une amélioration significative de leur compétence, elles pourront alors reconnaître et accepter leurs lacunes antérieures.

Pour visionner l’intégralité de cette présentation

Illustration des défis rencontrés par les dirigeants

Christophe Grelier, directeur général adjoint chez Crédit Agricole Technologies et Services, filiale de 2000 personnes qui gère le système d’information du Crédit Agricole sur 15 sites nous a apporté sa vision sur les défis auxquels ses équipes ont dû faire face.

Les défis sont de trois ordres.

Défi sanitaire : quinze jours avant le confinement, les déplacements intersites ont été suspendus et des équipes « étanches » mises en place en alternance une semaine sur deux. Puis l’entreprise a basculé en télétravail, seuls 20 collaborateurs restent présents sur sites actuellement. Cette anticipation a permis de réduire drastiquement le nombre de cas, aucun cas grave n’est à déplorer.

Défi organisationnel : comment basculer toute l’entreprise en télétravail en quelques jours ? Et comment travailler au mieux à distance, avec le plus d’efficacité possible ?

Ce sont les deux sujets que nous avons pris à bras le corps. En 48 h nous sommes passés d’un télétravail qui concernait 500 personnes une journée par semaine à 99% de l’effectif toute la semaine. Les collaborateurs déjà tous équipés de portables ont pu emporter leur écran si besoin et certains ont été dotés de connexions 4G lorsque leur domicile ne disposait pas d’une couverture wifi suffisante.   

Les équipes utilisaient déjà certains outils collaboratifs d’autres des outils plus visuels (type post-it). Là encore, il y a eu transformation des méthodes, amplification de certains usages.

Pour autant, il y a globalement une perte d’efficacité de 10 à 20 % avec le télétravail massif

affirme Christophe Grelier.

Dans les méthodes agiles employées, les réunions d’équipes  « tous en même temps » pour faire avancer les projets, avec une proximité physique, permettent de résoudre beaucoup de sujets en instantané.

On perd cette fluidité de contacts. Et celle ci est actuellement accentuée par notre choix de limiter les contacts en audio (non en visio) afin de privilégier la bande passante pour nos clients. 

Défi sociétal : après la crise sanitaire, l’enjeu est de limiter la crise économique.

Notre objectif pour la banque a été, malgré le confinement, de permettre de garder le maximum de proximité avec nos clients et de jouer le rôle de soutien à l’économie. C’est particulièrement important pour les professionnels qui sont touchés de plein fouet par les fermetures ou la chute de leur activité. Les agences bancaires sont en effet restées ouvertes et apprennent à fonctionner différemment. Nos équipes informatiques ont travaillé pour ouvrir plus largement les process de la banque en mode nomade. Ainsi en quelques jours nous sommes passé de 30% des opérations réalisables en nomadisme à plus de 80% aujourd’hui.

A titre d’exemple les nouveaux prêts garantis par l’état distribués depuis plusieurs jours peuvent être réalisés bien sûr en agence mais aussi en télétravail et sans aucun contact physique avec le client, le tout totalement dématérialisé avec signature électronique. Notre objectif au niveau du groupe est de faire en sorte que toute entreprise qui était viable avant la crise sorte vivante de cette crise. 

Pour la suite, Christophe Grelier envisage un déconfinement très progressif.

Après le mode réactif des premiers jours nous nous sommes projetés à plus long terme en imaginant que cette situation de fonctionnement atypique puisse durer 18 ou 24 mois. Cela oblige à optimiser, stabiliser ce que l’on a mis en place en urgence et à imaginer  un autre demain.

Nous ne savons pas encore comment nous travaillerons exactement une fois cette crise passée, mais nous n’imaginons pas revenir exactement à notre fonctionnement du mois de février dernier. 

Comment lutter contre la démotivation des managers ?

Dans cette période de creux entre l’urgence du début de la crise, qui a mobilisé toutes les énergies et la sortie du confinement, qui va elle aussi demander beaucoup de ressources, de disponibilité et de courage, des instants de démotivation et de découragement sont possibles dans les équipes et plus spécifiquement au niveau des managers qui ont été sur sollicités ces dernières semaines.

Alors comment remotiver les managers des équipes et leur permettre de trouver un second souffle ?

L’article de Jean-Olivier Allègre« Eviter la déconfiture motivationnelle » donne des conseils précis et détaillés sur la façon de lutter contre cette démotivation en partant de cette question.

« Comment motiver des équipes ou des individus si, moi-même manager, je n’ai plus d’énergie et de motivation??? »

Avant de vouloir remobiliser les équipes, il est primordial de remobiliser les managers eux-mêmes. Cet article s’adresse donc aux managers de managers mais il est également très instructif pour les managers eux-mêmes qui auront à leur tour la tache de remotiver leurs collaborateurs.

Lire ici.

60 000 rebonds : des témoignages utiles pour reprendre confiance

60 000 rebonds est une association qui accompagne les entrepreneurs en post-liquidation à rebondir dans un nouveau projet professionnel.

Le 8 avril, un webinar a été organisé pour partager des témoignages, des enseignements de situations vécues, des suggestions pour mieux vivre cette crise et se préparer à rebondir à la sortie.

  • Se remettre en route progressivement
  • Accepter la contrariété
  • Mettre en place des plans d’actions
  • Savoir changer de cap
  • Redonner du sens et trouver du positif

Cette période de test and learn est importante, et ces témoignages redonnent espoir !

A visionner ici !

Humeur Semaine 4

Nous entamons la quatrième semaine. Il devient difficile de garder une notion du temps. Après les premières semaines tendues pour faire face à la crise, le rythme ralentit. On s’adapte à ces nouvelles conditions de travail et conditions de vie. C’est le propre de l’Homme quelque part…

A t’on dépassé la moitié du confinement ou pas encore ?

Nous commençons à entendre parler de sortie de crise, de fin du confinement mais les scenarii semblent tous plus improbables les uns que les autres, notamment ceux qui évoquent des sorties différentes selon les régions ou les populations.

La fin n’est pas encore visible, et il nous faut continuer à naviguer dans l’inconnu. Exercice difficile, qui sollicite de nouvelles ressources : tenir dans la durée, garder le cap et le moral même si les nuits des dirigeants peuvent être difficiles face aux angoisses multiples.

« Le pire n’est pas toujours sûr ».

…a écrit Paul Claudel.

Personnellement, j’ai un peu transformé la citation pour la faire mienne de la façon suivante :

« Le pire n’est jamais sûr ».

Karine Gaudin

Humeur Semaine 3

Au début de cette semaine 3 de confinement, il m’est apparu utile de remettre un peu d’humain dans la communication…

Les semaines 1 et 2 ont été très fortes en actions et aussi en émotions. Un dirigeant s’est exprimé ainsi, à la fin de la première semaine.

En une semaine, j’ai l’impression d’avoir vécu trois mois. Les choses changent à vitesse grand V ».

L’effort d’ajustement pour un grand nombre de personnes a été très violent, traumatisant. Sans parler bien sûr de toutes celles et ceux qui ont dû affronter et affrontent encore la maladie.

Même si l’activité reste très dense pour certains, d’autres commencent à revenir à une certaine routine, nécessaire pour tenir sur un temps long.

Comme nous ne pouvons pas encore nous projeter sur la sortie de crise (trop tôt pour savoir encore quand), il nous faut apprendre la patience…et gérer l’angoisse de l’incertitude.

Quant aux deux passions de l’incertitude, ce sont la peur et l’espérance.

Savatore Veca

…Choisissons l’espérance comme passion de l’incertitude !

Karine Gaudin

Conserver le lien avec les salariés en télétravail

C’est un enjeu majeur : comment conserver le lien avec les salariés qui sont chez eux en télétravail ?

Une solution : la réunion du matin, par visio-conférence ou téléphone. Sans forcément un sujet professionnel prédéterminé, elle a pour but d’échanger des nouvelles, de se soutenir, de partager des idées pour organiser son espace de travail, son emploi du temps.

Un petit déjeuner virtuel par équipe, juste pour que les personnes puissent garder un lien, sans sujet particulier à traiter a été mis en place chez Algoé. Cela peut fonctionner aussi dans les usines, pour les équipes de production.

Carole de Chilly, associée du cabinet Algoé, société de conseil et d’accompagnement en management

Résilience en entreprise

La résilience est un phénomène psychologique qui permet à un individu de surmonter un traumatisme et de se reconstruire.

La force de la culture d’entreprise et des valeurs pré-existantes au choc telles que la stabilité, la confiance, la créativité et l’imagination notamment peuvent permettre à l’organisation de surmonter son traumatisme, en le comprenant, en l’exprimant, et surtout en le dépassant.

On sait ainsi qu’une entreprise orientée vers l’innovation doit savoir intégrer l’échec, l’affronter, l’analyser pour mieux le surmonter et poursuivre son développement.

Philippe Gattet, directeur des études Xerfi

Il faut noter également que résilience et sérendipité sont liées. La sérendipité est la capacité à faire une découverte au hasard d’une recherche, grâce à l’observation et la reconnaissance d’un fait aberrant et capital.

Le contexte actuel de la crise nous donne à découvrir des capacités insoupçonnées dans nos organisations.